
Le corpus paulinien est au centre du Nouveau Testament. Il rassemble 13 lettres classées selon leur longueur, de la plus longue (Romains) à la plus courte (Philémon). Soucieux de préserver l’enseignement du maître, les disciples de Paul ont réuni et diffusé ses lettres. Dans l’antiquité, ce procédé d’édition, courant, comporte parfois la fusion de courtes lettres (2 Corinthiens), quelques retouches (pas toujours heureuses! 1 Corinthiens 14,33-35), voire des ajouts (Romains 16,25-27). Quelquefois même de nouvelles lettres résument ou actualisent la pensée du fondateur disparu (Colossiens, Éphésien, 2 Thessaloniciens). Voici les trois étapes de rédaction de ces lettres:
Sept lettres, de même style, liées à l’œuvre pastorale de l’Apôtre. Elles furent dictées par Paul à un secrétaire qui a pu apporter sa contribution (ainsi Tertius en Rm 16,22). Souvent, Paul écrit en collaboration, par exemple avec Sylvain et Timothée (1 Th) ou Sosthène (1 Co). Dès le début, les lettres sont des « créations collectives ». Elles répondent à des besoins communautaires précis - mais déjà, Paul pressent qu’elles atteindront un auditoire plus vaste : « ceux qui en tout lieu invoquent le nom de Jésus Christ » (1 Co 1,2).
Paul meurt sous le règne de l’empereur Néron (vers 67); ses disciples expriment son enseignement dans des formes nouvelles et plus spéculatives (nous dirions aujourd’hui « plus ésotériques »). Ils ne réfèrent pas à l’Écriture de la même façon.
Le vocabulaire et la théologie des lettres, adressées à des pasteurs (et non plus à des communautés), témoignent du fait que les chrétiens de la fin du 1er siècle se donnent un cadre institutionnel. La dynamique du provisoire doit devenir celle de la transmission de la foi.
Paul invente lui-même un genre littéraire promis à un brillant avenir. Ses écrits tiennent du discours (rhétorique) et de la lettre (genre épistolaire). À partir des modèles grecs et juifs qu’il modifie librement, Paul en fait l’instrument de sa « théologie pratique ». Par sa lettre, Paul se fait présent et dialogue avec la communauté. S’il fait théologie, c’est pour résoudre des problèmes concrets.
Il veut parler à l’intelligence et au cœur. À cette fin, il recourt à la logique, à la poésie, à l’autorité des récits bibliques ainsi qu’aux émotions (centrées soit sur lui-même, soit sur la communauté). Paul veut façonner et transformer l’identité et l’agir des chrétiens auxquels il s’adresse.

Source : extrait de La Bible pas à pas – Feuillet no 17