

Portrait du Christ. Rembrandt, 1650. Huile sur toile, 25,4 x 21,3 cm. Institut des Arts de Détroit (Wikimedia).
Tel qu’il se présente dans les évangiles, Jésus est homme, vraiment homme. Il est de nationalité juive, adepte laïque du judaïsme dont il accomplit fidèlement les observances : pèlerinage, sabbat, prière et éducation à la synagogue, etc. On le situe dans le courant du judaïsme galiléen, ce « judaïsme du bon sens » qui se distingue de celui des pharisiens.
Le nom de Jésus « de Nazareth » lui vient du village où il a grandi et exercé son métier de charpentier. Au début de la trentaine, il devient prédicateur itinérant. Son ministère s’exerce principalement dans les villages de Galilée. Il meurt à Jérusalem après un semblant de procès. À n’en pas douter, il a vécu la vie d’un être humain.
En même temps, force est de constater que sa destinée dépasse celle de l’humble menuisier de Galilée. Le seul fait qu’on ait mis par écrit ses faits et gestes indique que Jésus n’était pas considéré comme un « homme ordinaire ».
Les évangélistes n’écrivent pas des ouvrages historiques selon les exigences qui ont cours aujourd’hui. Ils font œuvre d’historiens, selon les normes de leur époque : conserver les gestes et les paroles d’une personne dans le but de soutenir la communauté qui marche à sa suite.
Voyons comment l’évangéliste Luc expose son dessein (Luc 1,1-4) : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, […] il m’a paru bon, à moi aussi, après m’être soigneusement informé de tout à partir des origines, d’en écrire pour toi un récit ordonné […], afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus. » De même, nous trouvons dans Jean (20,30-31) : « Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. Ceux-ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. »
Pourquoi a-t-on voulu écrire la vie d’un homme mort sur une croix? Car, il faut le dire, cette mort sur la croix (le supplice des parias et des voyous) est plutôt déshonorante pour la jeune Église. Annoncer un Christ crucifié est « scandale » pour les Juifs et « folie » pour les païens (1 Co 1,23). On s’est certainement beaucoup moqué des premiers chrétiens. Or, que trouve-t-on dans la vie de Jésus qui puisse justifier un tel renversement? Pourquoi garder précieusement les dires d’un homme qui fut condamné comme un criminel? La réponse, c’est l’apôtre Paul qui la donne : Jésus est ressuscité (1 Co 15,14.20).
Jésus survit à son exécution. Nous n’avons affaire ni à une réincarnation ni à une feinte. Vraiment mort, il revient à la vie, une vie complètement transformée, qui offre peu de points de comparaison avec l’ancienne. Les paroles et les gestes de Jésus prennent du relief à la lumière de la résurrection : on n’a plus affaire seulement à un bon maître en foi juive — dont la vie se serait terminée par une exécution — mais à celui qu’on appellera le Fils unique (Jn 1,14.18). Jésus est bel et bien homme, mais aussi Christ, Seigneur, etc. La portée de son enseignement est universelle.
Jésus avait tous les attributs d’un être humain. Ses disciples ont pourtant vu en lui quelqu’un d’exceptionnel et ils l’ont suivi dès le début de son ministère public. Son exécution a dû les ébranler. Après la résurrection, leur compréhension du Nazaréen « explose »; Jésus est beaucoup plus grand qu’ils n’auraient pu l’imaginer. Il doit être annoncé au monde entier. Lui qu’ils ont côtoyé, qui a partagé leur intimité, il est le « Verbe de Dieu » (Jn 1,1-4). Dans un contexte de foi chrétienne, nous disons que Jésus était « vrai homme et vrai Dieu ».
