
Si on le compare aux écrits de l'Ancien Testament qui présentent des histoires de famille, des prières, des lois et des sentences, etc., le Nouveau Testament offre un genre littéraire inédit : l'évangile, mot qui signifie « bonne nouvelle ».
En premier, c'est Jésus qui proclame l'évangile du Règne de Dieu. En sa personne, le bonheur est offert aux pauvres. Puis, les Apôtres et les disciples annoncent comme, Bonne Nouvelle : Jésus, sa mort et sa résurrection, ses paroles et ses actes. Puis la parole annoncée dans les communautés pendant 30 ou 40 ans va s'inscrire dans des écrits, grâce au travail des évangélistes. À ce moment seulement, le mot évangile prend le sens de livre. Les Pères de l'Église, très tôt, font usage du mot dans les deux sens. Ainsi Irénée, avant l'an 202, dira : « Le Maître de toutes choses à donné à ses apôtres le pouvoir de prêcher l'Évangile... Cet Évangile, ils l'ont d'abord prêché. Puis, par la volonté de Dieu, ils nous l'ont transmis dans des écritures, pour qu'il devienne la base et la colonne de notre foi... ».
De Jésus à la rédaction des évangiles, les différentes communautés vivent leur foi au Christ ressuscité. Elles célèbrent leur Seigneur dans l'action liturgique. Elles rayonnent la bonne nouvelle chez les juifs et les païens. Pour les besoins de la catéchèse et de l'enseignement, des collections de récits se sont constituées, ayant trait soit à l'événement fondateur de la mort-résurrection du Christ, soit aux miracles et aux paraboles, etc.
Vient un moment toutefois où s'impose la nécessité de construire un récit qui présente dans son ensemble l'événement Jésus Christ. Pendant quelques décennies vont se constituer quatre témoignages, différents mais complémentaires qui centrent leur attention sur Jésus, sans jamais épuiser le mystère de sa personne.
L'évangile selon saint Marc, le plus ancien et le plus court, composé à Rome vers l'an 70, s'adresse à d'anciens païens, d'où la traduction fréquente de mots araméens et l'explication de certaines coutumes juives (Mc 7,3-4). L'évangile selon saint Matthieu, composé vers 80-90, dans des communautés de Syrie-Palestine, s'adresse à des chrétiens venus du judaïsme. Les destinataires connaissent bien les Écritures, d'où plus de 130 passages de l'Ancien Testament. L'évangile selon saint Luc est écrit vers 80 pour des Grecs, nés en territoire païen. Et l'évangile selon saint Jean, d'époque plus tardive, vers 90-100, prend naissance vraisemblablement dans la communauté d'Éphèse.
Sous le terme « évangiles synoptiques », on regroupe les récits de Matthieu, Marc et Luc. Si on les dénomme ainsi, c'est que des rapprochements entre les trois peuvent facilement être faits. En effet, les synoptiques (d'un mot grec signifiant « voir d'un seul coup d'œil ») adoptent une trame commune qui insère le baptême de Jésus, son ministère en Galilée et en Judée, sa montée à Jérusalem, et enfin le long récit de la passion, de la mort et de la résurrection.
L'ensemble de ces éléments communs aux trois évangélistes laisse apparaître très vite cependant des divergences. Il s'agit de regrouper simultanément en colonnes un récit donné, pour mieux saisir les caractéristiques d'un évangile par rapport aux deux autres. À titre d'exemple, choisissons le récit de la tentation de Jésus (Mt 4,1-11; Mc 1,12-13; Lc 4,1-13).
La première tentation de Jésus
Psautier enluminé, vers 1222
Det Kongelige Bibliotek, Copenhague
Matthieu y consacre onze versets, Marc, deux, Luc, treize. L'ordre des tentations adopté en Matthieu est interverti en Luc. Les citations de l'Ancien Testament, absentes en Marc, se multiplient en Luc et Matthieu. La ville de Jérusalem occupe une place de choix en Luc.
Au niveau de la structure d'ensemble, on constate bien que les trois évangélistes se rencontrent sur la donnée centrale : entre Jésus et le diable, il y a un affrontement réel et décisif. Mais l'analyse des détails fait voir aussi des divergences qui rendent compte de l'intention théologique de l'auteur et de la prise en considération de ses destinataires.
Pour Marc qui se montre discret et sobre, c'est sous l'action de l'Esprit que Jésus va au désert et demeure fidèle. Pour Matthieu et Luc qui suivent un schéma propre au livre du Deutéronome — où est racontée l'infidélité d'lsraël au désert — l'épisode est beaucoup plus étoffé. Avec Matthieu en effet, Jésus se révèle comme le véritable maître et interprète de la Parole de Dieu. Avec Luc, on découvre Jésus dans sa souveraineté royale de Fils : par sa fidélité au Père, il reçoit tout pouvoir et toute gloire (v. 16).
Ainsi d'un récit à un autre récit, le lecteur découvre le visage de Jésus esquissé par l'un ou l'autre synoptique. La recherche du visage de Jésus peut être une excellente porte d'entrée à l'étude d'un évangile donné.
