
« La Palestine est un pays froid où le soleil est chaud », dit le dicton. Cette description caricaturale traduit quelque chose de bien réel : les contrastes de ce pays sont surprenants. On peut quitter Jérusalem sous la neige et se retrouver, à peine une heure plus tard, sur une plage de la région de Jaffa — Tel-Aviv, prêt à se baigner dans la Méditerranée.
Les Hébreux sont entrés dans le pays à pied; le voyageur moderne arrive de préférence par la voie des airs. Avant que l’avion ne se pose, effectuons un bref survol de la région.
Le « pays biblique », même à s’en tenir au théâtre principal des événements rapporté, déborde quelque peu l’État moderne d’Israël. Il englobe une partie de la Jordanie, à l’est; le désert du Sinaï, au sud (sous la souveraineté de l’Égypte) et, au nord, le domaine des Phéniciens de Tyr et de Sidon (sud du Liban).
Du nord au sud du pays de la Bible, à l’ouest du Jourdain, s’étend une région de montagnes relativement élevées, couvertes de forêts et séparées par des vallées fertiles : la haute Galilée. Plus au sud, le relief s’adoucit et se prolonge en une vaste plaine, coupée, ici et là, de montagnes isolées : c’est la région agricole par excellence du pays, la basse Galilée.
Assez rapidement, le paysage redevient montagneux et le climat, plus aride; dans des vallées profondes, les cultures s’accrochent au flanc des coteaux : nous survolons la Samarie.
À mesure que nous faisons route vers le sud, la plaine qui longe la mer, à l’ouest, s’élargit alors que le paysage intérieur devient de plus en plus montagneux et dénudé. À l’est de Jérusalem, nous survolons un désert et, au sud d’Hébron, une région semi-désertique, ponctuée d’îlots de verdure aux alentours des sources : c’est la Judée.
Enfin, si nous poursuivons notre envolée vers le sud, nous apercevons d’abord les paysages tourmentés du désert du Négeb. De ses montagnes, riches en calcaire aux différents tons de jaune, nous passons aux massifs spectaculaires de granit rose ou de grès multicolores du Sinaï.
Survolons maintenant le pays de l’ouest à l’est, à la hauteur de Jérusalem. En bordure de la Méditerranée, voici une plaine assez vaste, passablement fertile, qui s’élève rapidement alors que nous progressons vers l’est : c’est la région de la Shéphélah dont le nom signifie tout simplement « plaine ». Brusquement, de véritables montagnes remplacent les collines : en un peu moins de 30 km, l’altitude grimpe de plus de 500 m pour culminer à 870 m à Jérusalem.
À l’est de Jérusalem, on dégringole les montagnes pelées du désert de Juda pour se retrouver dans la vallée du Jourdain.
À 35 km de vol et à plus de 300 m au-dessous du niveau des mers, nous observons le point le plus bas de la surface de la terre : c’est la plaine du Jourdain, au nord de la mer Morte. De l’autre côté de la vallée du Jourdain s’amorce une remontée spectaculaire. Elle aboutit à un vaste plateau rocheux, semi-désertique à l’ouest, dans la région d’Amman et de plus en plus désertique en direction de l’est et de la frontière de l’Iraq.
Portons maintenant notre regard au ras du sol pour mieux connaître certaines parties de ce pays que nous venons de survoler. Deux remarques s’imposent : d’abord, les régions géographiques sont parfois à distinguer des divisions administratives. Ainsi la Galilée, comme région géographique, et la principauté d’Hérode Antipas que les évangiles désignent du même nom ne se correspondent pas exactement. De plus, la géographie et les paysages se sont modifiés depuis l’Antiquité. Par exemple, la plaine qui s’étend à l’est de Césarée, aujourd’hui cultivée, était alors une région sablonneuse et marécageuse, infestée de moustiques porteurs de la malaria. L’assèchement des marais par l’homme a transformé la région en terre agricole.
La province de ce nom forme une sorte de rectangle borné, à l’ouest, par la Méditerranée; à l’est, par la vallée du Jourdain et le lac de Tibériade; au nord, par la chaîne du Liban. Elle s’étend, au sud, jusqu’à la plaine d’Izréel : environ 70 km du nord au sud sur 40 km de l’ouest à l’est. Le centre nord de cette région, montagneuse et boisée, contraste avec l’autre partie plutôt plate, accidentée tout de même d’élévations plus ou moins importantes, comme le Tabor (588 m).
Le climat de la Galilée est en général doux; humide au bord de la mer et dans la vallée du Jourdain, plus sec à mesure qu’on s’élève dans les terres. Les pluies et les neiges de l’hiver assurent l’approvisionnement en eau. Aujourd’hui, grâce aux techniques d’irrigation, on puise de façon massive au lac de Tibériade.
En Galilée, la nature est plutôt généreuse; les terres sont fertiles et le lac de Tibériade, poissonneux. La région a toujours pu accueillir une population assez considérable. Les communications avec l’extérieur sont faciles; même à l’époque la plus ancienne, une route caravanière traversait la Galilée, reliant l’Égypte à la Syrie et à la Mésopotamie.
Dans l’Ancien Testament, quelques épisodes seulement se déroulent en Galilée (Juges 4,18; 1 Samuel 31; 2 Samuel 20). Cette région prend beaucoup d’importance dans le Nouveau Testament alors que le lac de Tibériade devient le cadre principal de la vie publique de Jésus.
Le territoire que nous appelons Samarie correspond à peu près à la « montagne d’Ephraïm » de l’Antiquité et à la Cisjordanie d’aujourd’hui.
Au sud de la plaine d’Izréel, le niveau s’élève, d’abord doucement puis, de manière de plus en plus sensible : on peut s’en rendre compte si on voyage du nord au sud ou de l’ouest à l’est. Au centre du pays, près de l’antique ville de Samarie (qui a donné son nom à la région), nous sommes déjà à 400 m d’altitude; à Naplouse, le mont Ébal culmine à 940 m et le Garizim, à 881 m. À l’est de cette saillie montagneuse, on « plonge » rapidement dans la vallée du Jourdain. À moins de 40 km à l’est de Naplouse, le pont de Damiyeh franchi le Jourdain à 300 m au-dessous du niveau de la Méditerranée.
La Samarie est moins humide que la Galilée. Le type de culture est déterminé par l’altitude et par la possibilité de conserver l’eau en vue de l’irrigation. Alors que la plaine côtière produit des fruits, des légumes et, aujourd’hui, du coton, les montagnes du centre et le versant oriental sont plutôt consacrés à l’olivier, à l’orge et aux pâturages.
Dans l’Ancien Testament, cette région est le « Royaume du Nord », associé aux noms d’Élie et d’Élisée, d’Amos et d’Osée. Après la prise de Samarie en 722 suivie de l’exil des Israélites, la région est colonisée par d’autres populations déportées. Les relations entre ces nouveaux habitants et les Judéens (Royaume du Sud) sont plutôt tendues et les écrits bibliques, presque muets sur cette partie du pays. Dans le Nouveau Testament, Jésus traverse la région et rencontre une femme près de Sychar (Naplouse) (voir Jean 4). La première mission chrétienne en dehors de Jérusalem se déroule aussi en Samarie (voir Actes 8).
C’est le pays des Philistins, à l’est d’Ashdod, d’Ashqelon et de Gaza. Cette plaine chaude et relativement fertile reçoit, en moyenne, de 200 mm à 500 mm de pluie par hiver. L’agriculture est donc possible dans l’ensemble de ce territoire qui mesure de 30 km à 40 km de largeur.
Presque soudainement, la plaine fait place à la montagne d’où l’expression « monter à Jérusalem ». De Bab el Wad à Jérusalem on franchit, à vol d’oiseau, environ 30 km et on grimpe de 500 m. Jérusalem se tient sur la crête, à la ligne de partage des eaux, entre le réseau de la Méditerranée à l’ouest, relativement bien arrosé, et le réseau de la mer Morte à l’est, à peu près désertique.
La descente vers la vallée du Jourdain est en pente quasi verticale (comme en Samarie). De Jérusalem au Jourdain, le trajet en ligne droite ne dépasse guère 30 km et la dénivellation est de 1200 m. Le voyage se fait dans un décor de montagnes brûlées par le soleil et de ravins percés de grottes qui furent, dans l’Antiquité chrétienne, le refuge de moines désireux de rencontrer Dieu dans la solitude et la prière. Au fond de la vallée, à 10 km environ de la mer Morte, de bonnes sources alimentent l’oasis de Jéricho. Durant longtemps, les rois et les citoyens les plus fortunés de Jérusalem et des environs y séjournent pour échapper aux rigueurs de l’hiver. Pas étonnant qu’on ait retrouvé dans l’oasis les ruines d’une ville qui serait la plus vieille du monde (environ 10 000 avant J.-C.).
Des régions périphériques comme le désert du Négeb, la vallée du Jourdain ou le plateau transjordanien mériteraient une exploration plus complète. Ce parcours nous aura quand même permis de découvrir, trop rapidement sans doute, les régions qui servent de cadre aux principaux écrits de l’Ancien et du Nouveau Testament. Pays de contrastes, pays rude et austère, mais pays où coulent le lait et le miel, au dire des Israélites. Pour tous les croyants, juifs et chrétiens, ce pays est devenu et demeure la Terre Sainte.

Source : La Bible pas à pas – Feuillet no 9