
Moïse sauvé des eaux. Charles Poerson, circa 1651-1652. Huile sur toile, 45 x 56 cm. Galerie Heim (collection privée).
La figure de Moïse telle que présentée par la Bible est plus grande que nature. Il est le personnage central de la Torah, les cinq premiers livres de la Bible qui lui sont traditionnellement attribués. Son histoire a suscité plusieurs films qui nous donnent une image de lui comme un grand leader [1]. Prenons le temps de retrouver quelques détails transmis par la Bible pour avoir un portail plus complet de lui.
L’histoire de Moïse commence par un récit hors du commun où il est sauvé des eaux par la fille du Pharaon. Il reçoit alors la meilleure éducation de l’époque à la cour égyptienne. Il vit avec la classe supérieure de la société égyptienne. Celle-ci était marquée par une hiérarchie très rigide. Durant ses 40 premières années, Moïse, comme membre de la famille du pharaon, trônait au sommet de cette pyramide sociale. Il se trouvait à l’opposé des esclaves hébreux à la base de ce système géré par l’oppression militaire et l’exploitation économique des petits. On pourrait croire qu’il avait réalisé le « rêve américain ». Passer du bas de l’échelle pour se rendre au sommet. Et pourtant…
Pourtant, Moïse prend conscience de l’injustice qui l’entoure. Il va jusqu’à tuer un Égyptien qui avait frappé un hébreu qu’il considère comme son propre frère. Il préfère s’exiler au désert plutôt que de continuer à vivre du côté des oppresseurs.
C’est là qu’il rencontre le Seigneur qui l’investira d’une mission particulière. Lui qui était en réaction contre l’esclavage de ses frères reçoit la mission de les libérer. Pourtant, son réflexe est de s’objecter : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon? », « Ils (les Hébreux) ne me croiront pas », « Je ne possède pas le don de la parole ». Le Seigneur répond à chaque objection en affirmant qu’il sera à ses côtés, qu’il n’a qu’à faire confiance. Les doutes de Moïse s’expliquent facilement. Humainement, sa force personnelle n’était pas à la hauteur de briser le joug du Pharaon. Pour que cela soit possible, Moïse change sa perspective et se met au service du Seigneur. Moïse n’est pas un leader imperturbable. C’est un homme qui a de la difficulté à s’exprimer en public qui s’engage dans une mission impossible parce qu’il a confiance que le Seigneur est avec lui.
La suite de l’histoire se raconte comme un bon film d’action. Les esclaves hébreux luttent pour leur liberté aidés par une suite d’actions miraculeuses de Dieu appelée les dix plaies d’Égypte. Au final, non seulement ils sont libérés, mais en plus, c’est l’armée du Pharaon qui se retrouve anéantie sous l’eau.
Au désert, Moïse passe 40 ans à mener le peuple vers la terre promise. Ce temps est marqué par la faim, la soif et de nombreuses difficultés. Le peuple est même nostalgique des conditions de vie en Égypte. Moïse est confronté à nouveau à ses propres limites et va même jusqu’à demander de mourir (Nb 11,4-20). Dieu va pourvoir avec la manne et les cailles, et il va aussi mettre Moïse en lien avec 70 autres personnes pour répartir ses responsabilités. Ce temps au désert culmine avec la réception par Moïse des 10 commandements, le cœur de l’alliance entre Dieu et son peuple. Moïse aurait pu reproduire le modèle social reçu d’Égypte, pourtant il choisit d’être une autre sorte de chef. Tout comme il se met à l’écoute et au service de Dieu, il fait de même envers le peuple.
Soulignons les grands traits de caractère de Moïse. Il se révolte contre l’injustice. Il est à l’écoute de Dieu. Il ose assumer les responsabilités et la mission qu’il lui confie. Le plus grand personnage de l’histoire d’Israël et aussi le plus petit. « Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun sur la terre. » (Nb 12,3)
Curieusement, tous les traits de caractères de Moïse s’appliquent aussi à Jésus qui lui aussi exercera son leadership dans l’écoute et l’humilité tout en s’indignant contre l’injustice. Les chrétiens voient en lui ce qu’annonce le livre du Deutéronome à la fin de la vie de Moïse : « C’est un prophète comme toi que je leur susciterai du milieu de leurs frères. » (Dt 18,18)
Je pense que nous avons besoin dans notre Église et dans notre société de leaders comme Moïse et Jésus. Je suis dégouté des dirigeants économiques, politiques et religieux qui utilisent le pouvoir pour leur propre avancement personnel et pour leur intérêt financier. Présentez-moi un dirigeant comme Moïse à la fois humble, à l’écoute des autres et de Dieu, prêts à aller jusqu’au bout pour construire un monde meilleur et je vais le suivre… mais quand même pas 40 ans au désert…
[1] Je pense en particulier au film Les Dix Commandements (The Ten Commandments) avec Charlton Heston.
