
Seigneur, Élohim, Yahvé, Shaddaï… Autant de noms donnés à Dieu dans l’Ancien Testament. Certains nous sont familiers, d’autres moins. Au cours des âges et selon les traditions, les textes bibliques les utiliseront tour à tour. Si tous désignent le même Dieu, chacun exprime des nuances de sens et ouvre une porte sur un mystère insondable.
Ce nom apparaît surtout dans les traditions concernant les patriarches (Genèse 14,19) et dans les textes poétiques (Psaume 80,11). Discutée, son étymologie renvoie aux notions de puissance et de gloire. Dans l’Ancien Testament, ce nom signifie tout simplement « Dieu ». Pour l’ensemble des peuples sémitiques, il désigne la plus haute des divinités.
Le nom El est couramment combiné à d’autres termes qui soulignent chacun une facette de Dieu :
EI-Elyon, « Dieu très-haut » (Gn 14,18-22);
El d’Abraham, El d’Isaac, « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac » (Gn 24,12; 46,1-3)
El Berit, « Dieu d’Alliance » (Juges 8,33);
El Béthel, « Dieu de Béthel » (Gn 37,7);
El Olam, « Dieu d’éternité » (Gn 21,33);
El Roï, « Dieu qui voit » ou « Dieu qui apparaît » (Gn 16,13);
El Shaddaï, « Dieu tout-puissant » (Gn 17,1).
El est souvent associé aux ancêtres, dans des expressions comme « Dieu de vos pères », « Dieu de nos pères » (Exode 3,16). Désigner le Seigneur ainsi indique qu’il est lié à la destinée d’une personne ou d’une lignée de personnes.
Plusieurs noms propres de la Bible comprennent la particule El, en référence à Dieu : Élie, Elihu, Élisée, Yizréel, Ismaël, Israël, etc.
C’est le terme le plus employé dans l’Ancien Testament pour désigner Dieu (2570 fois). Forme plurielle de El, mais employée comme un singulier, ce nom évoque la grandeur et l’excellence. La Bible l’utilise parfois pour désigner des dieux étrangers (Juges 11,24). On lui accole souvent un adjectif ou un verbe (1 Samuel 17,24; 2 Rois 19,4).
Les traductions françaises de la Bible traduisent habituellement Shaddaï par « Tout-puissant ». On rencontre ce nom dans les récits qui concernent l’époque patriarcale (Gn 28,3; 35,11; 43,14). À l’origine, il aurait signifié « le Montagnard » parce que la divinité habite le sommet des montagnes, lieu terrestre le plus rapproché des cieux. Des spécialistes croient cependant que Shaddaï signifierait plutôt « steppe », ce qui donnerait « Dieu de la steppe ». Quoi qu’il en soit, le nom désignait une divinité de la Haute-Mésopotamie. Les ancêtres d’Israël l’auraient utilisé pour parler de leur Dieu. Dans la Bible, la combinaison El Shaddaï (« Dieu Tout-Puissant ») se rencontre fréquemment (Gn 17,1).
Il arrive parfois que la Bible associe à Dieu des titres habituellement donnés à des hommes : « Ton créateur est ton époux » (Isaïe 54,5). Le terme traduit ici par « époux » est Baal, nom propre d’une divinité cananéenne. Mais à l’origine, le mot signifie simplement « maître », « propriétaire » ou « seigneur ». C’est pourquoi il peut désigner (rarement il est vrai) le Dieu d’Israël. Osée le laisse entendre lorsqu’il donne la parole à Dieu en ces termes: « Et il adviendra (…) que tu m’appelleras: “mon mari”, et tu ne m’appelleras plus “mon baal, mon maître” » (2,18).
Le mot melek signifie « roi » et s’emploie à profusion pour parler de Dieu (Isaïe 6,5; Jérémie 46,18) en insistant sur sa souveraineté.
De tous les noms donnés à Dieu dans l’Ancien Testament, un seul lui est exclusif et ne désigne jamais les divinités des autres peuples. Il s’agit de celui que Dieu communique à Moïse, d’après le récit d’Exode 3.
Le nom donné à Dieu en Exode 3,14, dans sa forme courte, se compose de quatre consonnes : YHWH, qu’on appelle le « tétragramme », mot qui signifie « quatre lettres ». Dans sa forme intégrale ou abrégée, le sens de ce nom demeure impossible à cerner et à traduire avec certitude. Les variantes entre les traductions françaises l’illustrent bien:
« JE SUIS QUI JE SERAI » : Traduction œcuménique de la Bible.
« Je suis celui qui est » : La Bible de Jérusalem.
« Je suis qui Je suis » : Osty- Trinquet.
« JE SUIS QUI JE SUIS » : La Bible en français courant.
« Je serai: je suis » : La Bible nouvelle traduction.
« Je suis celui qui suis » : La Bible de la liturgie.
On ignore aujourd’hui comment prononcer le tétragramme, YHWH, et ce, en raison d’une particularité de l’hébreu ancien. Cette langue, en effet, s’écrivait au départ sans voyelles. Ainsi, le mot shalom s’écrivait shlm. Par l’usage, on savait, pour une lecture orale, qu’il fallait prononcer le « a » et le « o ». Les circonstances historiques et la dispersion des communautés juives à travers le monde ont entraîné une diminution progressive de l’usage de l’hébreu dans la vie de tous les jours. On ne l’utilisait qu’à la synagogue. Sa lecture devenait donc de plus en plus difficile pour les non-initiés. C’est pourquoi, vers le septième siècle après Jésus Christ, une école de rabbins a introduit, dans le texte biblique hébreu, des petits signes indiquant les voyelles à prononcer pour chaque mot.
Or, pour le tétragramme, YHWH, un problème se posait. On avait, en effet, cessé depuis plusieurs siècles de prononcer ce nom, par respect pour Dieu. À la lecture orale, on lisait plutôt Adonaï; traduit couramment par « Seigneur », ou encore ha-Sem, « le nom ». Alors, quelles voyelles donner au nom de Dieu? La solution des rabbins fut d’insérer les voyelles du mot Adonaï au sein même du tétragramme. Ils indiquaient ainsi que le nom YHVH devait se prononcer Adonaï.
Par conséquent, nous ne savons pas comment se prononce le nom de Dieu, YHWH. À partir de recherches dans des sources anciennes, des spécialistes et traducteurs ont proposé Yahvé, Yahwé ou Yahweh. Cependant cette reconstitution demeure hypothétique. Aussi, les traductions modernes de la Bible ont-elles des options différentes pour rendre le tétragramme :
L’étymologie du nom YHWH accentue son caractère mystérieux. Les spécialistes ne s’entendent pas sur son sens originel. Ils y voient le dérivé d’une Forme verbale qui signifierait « créer », « souffler », « tomber » ou « exister ». Le contexte du récit d’Exode 3 peut aider à saisir le sens à donner à YHWH. En effet, lorsque Dieu révèle son nom à Moïse, il poursuit en se décrivant comme partenaire de la vie de son peuple, agissant dans son histoire. Le nom de YHWH exprimerait donc l’idée d’une présence active pour le peuple de Dieu. En révélant son nom, le Seigneur indique son désir de lier son destin à celui de sa création. Shaddaï habite le sommet des montagnes. YHWH côtoie l’être humain dans sa marche vers la liberté.
Dans le judaïsme actuel, le respect pour le nom divin est toujours très vif. Juives et Juifs pratiquants respectent la règle interdisant de le prononcer. Même le terme Adonaï n’est plus prononcé dans la vie quotidienne : on l’utilise uniquement en liturgie. Pour l’usage « profane », il convient plutôt de dire ha-Shem (« le Nom »). Dans certains milieux plus stricts, on ne dit même plus ha-Shem : on observe un temps de silence quand on arrive au tétragramme. En accord avec cette pratique et par respect pour le judaïsme, la traduction liturgique de la Bible n’emploie jamais le mot « Yahvé » (sauf à la lecture d’Exode 3,14). Elle utilise plutôt « le Seigneur ». Des traductions récentes, comme la Bible nouvelle traduction (Bayard/Médiaspaul), ainsi que des ouvrages bibliques ont même choisi de conserver le tétragramme : YHWH.
À une certaine époque, des traducteurs ont proposé de lire Jéhovah pour le nom divin. Il s’agit d’une lecture fautive, car elle combine les consonnes du nom divin (YHVH) avec les voyelles du mot Adonaï (le Y de YHWH pouvant être rendu en français par J).

Source : La Bible pas à pas – Feuillet no 30